Le mot politique possède deux sens : celui de la gestion des affaires publiques et celui des rivalités entre partis ou élus.
Le problème apparaît lorsque l’on mélange les deux.
Car lorsqu’un habitant pose une question sur un projet, un budget, un aménagement ou une décision municipale, il parle généralement de politique au premier sens : celui de la vie collective.
Répondre alors : « C’est politique. » n’a pas beaucoup de sens.
C’est un peu comme répondre à quelqu’un qui demande l’heure : « C’est une montre. »
La réponse n’est pas fausse, mais elle ne répond absolument pas à la question.
Car si le sujet concerne la gestion de la commune, alors oui, il est politique par définition.
Le qualifier ainsi n’apporte aucune information supplémentaire.
Freiner la réflexion
Mais cette confusion produit un autre effet, plus discret.
Elle peut finir par freiner la réflexion.
Et cela souvent avec les meilleures intentions du monde.
En effet, lorsqu’un sujet est rapidement classé dans la catégorie « politique », il cesse parfois d’être analysé pour ce qu’il est réellement.
On ne regarde plus l’argument.
On regarde l’étiquette.
On ne se demande plus :
« Est-ce vrai ? »
ou
« Est-ce pertinent ? »
On se demande :
« D’où vient cette idée ? »
ou
« Dans quel camp se situe celui qui la formule ? »
Pourtant, une bonne idée reste une bonne idée, quel que soit son auteur.
Et une mauvaise idée reste une mauvaise idée, même lorsqu’elle provient de son propre camp.
Des raccourcis trop simples, des étiquettes réductrices : une réflexion altérée malgré les faits
Lorsque l’étiquette remplace progressivement l’analyse, la réflexion collective s’appauvrit.
Les questions deviennent suspectes.
Les critiques deviennent gênantes.
Les propositions alternatives deviennent difficiles à entendre.
Et chacun risque alors de se réfugier dans un confort intellectuel assez séduisant : ne plus examiner les arguments qui dérangent.
C’est humain.
Mais ce n’est pas très efficace.
Car les faits ont une particularité agaçante : ils continuent d’exister même lorsqu’on cesse de les regarder.
Au fond, une démocratie vivante repose sur une idée assez simple : les arguments doivent être discutés sur leur contenu et non sur l’étiquette qu’on leur attribue.
La véritable question n’est donc pas : « Est-ce politique ? »
Puisque le sujet l’est déjà par nature.
La véritable question est : « Cet argument apporte-t-il quelque chose à la réflexion collective ? »
Car une étiquette peut parfois simplifier un débat.
Mais seule la réflexion permet de l’éclairer.