Menu Fermer

Et si tout le monde se trompait ?

Dans les précédents articles, nous avons vu que le débat permettait de faire vivre les idées et que les questions avaient toute leur place dans la réflexion collective.

Mais il existe une autre question, un peu plus dérangeante : Et si tout le monde se trompait ?

Enfin… presque tout le monde.

Car lorsqu’une idée est largement partagée, nous avons naturellement tendance à lui accorder davantage de crédit.

Après tout, si beaucoup de personnes pensent la même chose, c’est probablement qu’elles ont raison.

Probablement. Mais pas toujours.

Prenons l’exemple d’un groupe de randonneurs.
Tout le monde suit le même sentier.
Tout le monde avance dans la même direction.
Et soudain, une personne s’arrête.

– Êtes-vous certains que c’est le bon chemin ?

La question est rarement accueillie par des applaudissements.
Pourtant, elle peut éviter quelques kilomètres de marche inutile.
Dans la vie collective, c’est souvent la même chose.

Nous appartenons tous à des groupes.

Une famille. Une équipe. Une association. Une majorité. Une opposition.
Et c’est très bien ainsi.

Le problème apparaît lorsque l’on commence à croire qu’appartenir à un groupe signifie penser exactement comme lui sur tous les sujets.

Car appartenir à un groupe n’oblige pas à laisser son esprit critique à l’entrée.

Personne ne dépose normalement son cerveau au vestiaire avant une réunion.
Du moins, espérons-le.

La démocratie repose justement sur une idée assez simple : chacun conserve le droit de réfléchir par lui-même.

Même lorsque son entourage pense autrement.
Même lorsque son propre camp pense autrement.
Même lorsque cela conduit à poser une question inconfortable.

Car les grandes erreurs collectives ne naissent pas toujours d’un manque d’intelligence.

Elles naissent souvent d’un manque de contradiction.

Tout le monde avance. Personne ne vérifie la carte. Et chacun suppose que quelqu’un d’autre l’a déjà fait.

Bien sûr, exprimer un avis différent n’est pas toujours confortable.

Personne n’aime être celui qui lève la main quand tout le monde acquiesce.

Personne n’aime être celui qui demande :
– Et si nous regardions les choses autrement ?

Pourtant, l’inconfort n’est pas un indicateur de vérité.

Une idée n’est pas fausse parce qu’elle dérange.
Et une idée n’est pas juste parce qu’elle rassure.

Au fond, la réflexion collective progresse souvent grâce à celles et ceux qui osent poser une question supplémentaire lorsque tout semble déjà décidé.

Après tout, dans un banc de poissons, suivre le groupe est généralement une excellente stratégie.

Dans une démocratie, il est parfois utile que quelques poissons regardent aussi où va le banc.