Menu Fermer

Le syndrome d’hubris : quand le pouvoir local devient pathologique

Le syndrome d’hubris, bien que non reconnu comme une pathologie psychiatrique officielle, désigne une dérive psychologique liée à l’exercice du pouvoir. Lorsqu’un élu en est atteint, les conséquences peuvent être délétères pour la gouvernance locale, la démocratie participative et le tissu social de la commune.


Le terme vient de la Grèce antique, où l’hubris désignait l’orgueil démesuré d’un individu se croyant l’égal des dieux. En politique contemporaine, il décrit un comportement marqué par :

  • Une confiance excessive en soi, voire une croyance en son infaillibilité.
  • Un mépris des avis contradictoires, des règles ou des procédures.
  • Une tendance à la personnalisation du pouvoir, avec rejet des contre-pouvoirs.
  • Un besoin compulsif de reconnaissance et de grandeur, souvent au détriment de l’intérêt collectif.

Dans le cadre municipal, le syndrome d’hubris peut se manifester par :

  • La centralisation excessive des décisions, marginalisant les conseils municipaux ou les commissions,
  • La mise en scène de soi, à travers une communication omniprésente et personnalisée,
  • Le rejet des critiques citoyennes, assimilées à des attaques personnelles,
  • La manipulation des procédures, pour contourner les règles de concertation ou d’urbanisme,
  • La stigmatisation des opposants, parfois accompagnée de pressions ou d’intimidations.

Ces comportements peuvent s’aggraver avec le temps, surtout si les élus déjà en place sont réélus sans contrepoids ou s’il bénéficie d’un soutien passif de la population.


Plusieurs facteurs favorisent l’émergence de l’hubris chez les élus :

  • La solitude du pouvoir, accentuée dans les petites communes,
  • Le manque de formation à la gouvernance démocratique,
  • Le culte de la figure du “maire bâtisseur”, valorisé dans les médias locaux,
  • La faiblesse des mécanismes de contrôle et de participation citoyenne.

Selon Evelyne Josse, psychologue spécialiste du pouvoir, les citoyens peuvent aussi devenir complices de cette dérive, par adhésion émotionnelle, résignation ou peur du conflit.


Un élu atteint d’hubris peut :

  • Fragiliser la cohésion sociale, en créant des clivages artificiels.
  • Entraver les projets collectifs, en imposant des visions unilatérales.
  • Provoquer des démissions en chaîne, comme l’a observé l’AMF avec près de 4 000 élus municipaux ayant quitté leur mandat depuis 2020.
  • Détourner les citoyens de la vie publique, par lassitude ou méfiance.

  • Renforcer les dispositifs de délibération citoyenne,
  • Former les élus à l’écoute, à la transparence et à la collégialité,
  • Valoriser les contre-pouvoirs locaux : associations, conseils de quartier, presse indépendante.

Sources pour aller plus loin :