La stratégie du chiffon rouge est une technique rhétorique qui consiste à brandir un sujet polémique ou émotionnel afin de détourner l’attention du véritable problème. Comme le matador qui agite un chiffon rouge pour attirer le taureau, l’orateur cherche à provoquer une réaction instinctive et à déplacer le débat sur un terrain qu’il maîtrise.
Comment fonctionne cette stratégie ?
- Créer une réaction émotionnelle : on introduit un thème clivant (sécurité, immigration, fiscalité, patrimoine…) qui suscite colère ou peur ;
- Déplacer le débat : le sujet initial (souvent technique ou embarrassant) est relégué au second plan ;
- Recentrer sur un terrain favorable : l’orateur impose son cadre de discussion, où il maîtrise les arguments et l’opinion publique.
Méthodes pour repérer un chiffon rouge
- Décalage entre la question et la réponse : si la réponse ne traite pas du sujet posé mais introduit un thème polémique ;
- Usage de mots valeurs : « sécurité », « identité », « menace », « tradition », « politique »… qui déclenchent une réaction émotionnelle ;
- Surenchère médiatique : le sujet détourné occupe tout l’espace, répété en boucle, alors que le problème initial disparaît ;
- Simplification excessive : slogans ou petites phrases qui remplacent les données factuelles.
Comment recentrer le débat ?
- Reformuler la question initiale : rappeler calmement le sujet posé (« Je comprends votre remarque, cependant ma question portait sur… » ;
- Exiger des faits : demander des chiffres, des sources, des éléments concrets ;
- Nommer la diversion : signaler explicitement la stratégie (« Vous changez de sujet, revenons à… ») ;
- Créer un cadre citoyen : utiliser des supports visuels ou des fiches pédagogiques pour maintenir le débat sur les données objectives ;
- Multiplier les voix : en réunion publique, plusieurs citoyens peuvent se relayer pour ramener la discussion au thème initial.

Enjeux démocratiques
La stratégie du chiffon rouge est efficace pour mobiliser les émotions, mais elle fragilise la qualité du débat public. La repérer et la contrer est essentiel pour préserver la transparence, éviter la manipulation et garantir que les décisions soient discutées sur la base de faits et non de diversions.
Des exemples ?
Pour se faire plaisir, un exemple ayant pu exister récemment :
- Personne A : « Au vu des actes de délinquance, pouvons-nous regarder sur les caméras surveillant les espaces publics afin de reconnaître les personnes ? »
- Personne dépositaire de l’autorité publique : « Oui j’y regarderai à mon retour »
- Personne B : « Pour regarder les caméras, ce n’est pas en libre accès, il faut un dépôt de plainte pour accéder aux images »
- Personne dépositaire de l’autorité publique : « Ca y est le défenseur des délinquants est revenu de vacances ! »
- Personne B : « Le sujet de fond est l’accès aux images des caméras : il n’est pas libre »
- Personne dépositaire de l’autorité publique : « Décidément les congés n’ont pas permis de reposer tous les organismes… »
Pas mal non ? La personne dépositaire de l’autorité ne répond finalement aucunement à la question et continue sa pratique libre d’accès aux images… Tout y est : décalage du sujet, émotion, surenchère et simplification excessive.
Mais au fait, en parlant de chiffon rouge, avez-vous remarqué les deux démolitions simultanées récemment ? L’une était encadrée, l’autre manquait de petits documents administratifs… et ce n’est pas celle que l’on pourrait croire.
Sources pour aller plus loin :