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La pétition de principe – quand l’argument devient sa propre preuve (2/2)

Toujours perdus ? Rien d’étonnant : même en rédigeant cet article et en structurant l’ensemble des recherches, on peut facilement se laisser happer par la complexité du sujet.

Mais poursuivons l’exploration de ce sophisme de la pétition de principe et des dérives très concrètes qu’il entraîne pour la commune.


Pour qu’un nombre comme “700 logements” soit crédible, il faudrait au minimum :

  • une analyse démographique (évolution de la population, ménages, décohabitation),
  • une étude des besoins réels (logements vacants, typologies manquantes, mobilités résidentielles),
  • une projection argumentée (scénarios alternatifs, impacts, marges d’erreur),
  • une justification urbanistique (capacités foncières, réseaux, équipements publics).

Sans cela, ce nombre de 700 logements n’est qu’une affirmation circulaire.

C’est intéressant, car cela rappelle étrangement les exigences de la municipalité lorsqu’un projet extérieur empiète sur son propre territoire. Dès que la commune se sent dépossédée, elle réclame soudain rigueur, transparence et justification… des principes qu’elle applique pourtant avec beaucoup plus de souplesse lorsqu’il s’agit de ses propres projets.


Un raisonnement circulaire verrouille la discussion :

  • il empêche d’examiner des scénarios alternatifs,
  • il fausse la hiérarchisation des enjeux,
  • il oriente les choix techniques et financiers sur une base non démontrée,
  • il affaiblit la transparence et la confiance citoyenne

En démocratie locale, un nombre non démontré ne peut pas servir de fondement à des décisions engageant plusieurs décennies.


Ainsi, toute la démonstration présentée dans la rubrique « définition des objectifs initiaux » s’arrête là. Et elle n’a finalement servi qu’à une chose : ramener habitants et élus à la question posée le 10 février 2025 — « Comment ces objectifs initiaux ont-ils été définis ? », en particulier le chiffre des 700 logements.

Car aucun élément — ni contextuel, ni factuel, ni historique, ni technique, ni administratif — ne démontre que ce volume de logements, qui fluctue d’une année sur l’autre, serait nécessaire, justifié ou même issu d’une véritable concertation, bases légales pour engager ce développement. Et bien qu’il repose sur une base urbanistique incertaine, cela n’a pas empêché la mobilisation non sécurisée de millions d’euros.


Pourtant, une issue existe. L’EPA l’a confirmé :

« Si la commune souhaite mettre fin à l’opération, le foncier maîtrisé devra être racheté au prix de revient. »

En dehors de l’aspect financier, cela signifie que les Réaltais peuvent encore sortir de cette impasse. C’est un point fondamental et c’est l’EPA qui ouvre cette porte : profitons-en !

(Preuve, au fond, que notre engagement n’est pas si contraint puisque nous pouvons nous retirer de ce projet à notre convenance.)


Une porte de sortie est bel et bien ouverte, mais on en oublierait presque la municipalité — pourtant représentée par son plus fervent porte-parole. Lors des ateliers de concertation sur la ZAC, en juin et juillet 2025, celui-ci affirme ne pas influencer les débats en n’y participant pas. Facile à dire, mais difficile à croire : il était bien présent à la réunion de lancement. Et surtout, en pleine phase de concertation, il lâche une déclaration pour le moins alarmante :

« Plus de 12 millions d’euros ont été engagés par l’EPFIF pour l’acquisition du foncier de l’ancienne zone dite « de Bouzygues ». »

Si ce n’était pas le maire, ce serait presque risible. Mais même ainsi, c’est facilement démontable :

  • La convention de 2009 fixe un plafond de 4,5 millions d’euros pour l’achat des parcelles de Bouzygues,
  • La convention de 2017, avec ses avenants, élargit le périmètre d’intervention à Moulin à Vent, ZAC Parc A5, et le Golf (anticipé de quatre ans avant l’initiative de 2021). Elle précise que 3 438 435,40 euros ont été dépensés pour une partie de Bouzygues, quelques parcelles restant à acquérir,
  • La convention de 2023 fait le point : 8 905 239,35 euros ont été engagés pour l’ensemble des acquisitions foncières, dont les données du site des valeurs foncières confirment des transactions sur le Golf et le Parc A5.

Alors oui, peut-être que 12 millions ont été dépensés au total depuis 2023, mais l’erreur du maire porte sur la destination de cette somme. En attribuant tout au seul secteur Bouzygues, il cherche à instiller la peur d’un remboursement en pleine concertation.

La vérification du site des valeurs foncières montre aisément la fausseté de l’information : des parcelles dans le parc A5 et au niveau du Golf ont été achetées récemment.

C’est une stratégie d’influence, pas une information fiable. Les chiffres avancés sont faux, la démarche compromet la neutralité de l’élu dans son action.

Pire encore, il rejette une nouvelle fois l’opprobre sur quelques personnes, accusées d’entraver le bon déroulement des ateliers, avec en arrière‑plan un évident calcul politique (décidément cher à cette personne !). Les comptes‑rendus de concertation mentionnent‑ils ces prétendus incidents ? Non, clairement non. Il ne s’agit que d’un moyen supplémentaire pour accentuer le clivage autour de ce projet que l’auteur cherche à installer.

Quant à l’argument du remboursement, il ne tient que si l’on considère que les habitants ne doivent pas assumer des erreurs de procédure accumulées depuis 2009. Ce n’est pas le cas. Des voies existent pour faire valoir nos droits.


Le cas des “700 logements” illustre parfaitement la pétition de principe : on pose comme acquis ce qu’on devrait prouver, puis on construit tout un raisonnement sur cette base fragile.

Un débat public sain exige l’inverse : commencer par démontrer, puis conclure, et non l’inverse.

Pour une fois qu’une pétition réussissait à capter l’attention de la municipalité… il fallait que ce soit pour ressortir, encore une fois, un sophisme bien rodé. Décidément, rien qui aide vraiment à construire l’avenir du village.

Et il est bien dommage d’ignorer une pétition signée par 400 personnes…

Toutefois, il est clair que ce projet repose sur des bases fragiles et qu’il peut être entièrement repensé de façon cohérente. Le chemin sera exigeant, mais préserver l’identité du village reste notre priorité absolue. Être exigeant pour mieux vivre sur Réau, n’est-ce pas entendable ?


Sources pour aller plus loin :