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Trois phrases, six outils rhétoriques utilisés : le braquage semble parfait sauf que…

Notre dernier article, qui constituait presque l’aboutissement de notre démonstration, a suscité une réaction particulièrement vive de la part du petit groupe d’élus auprès desquels des réponses sont pourtant toujours attendues. Et pour cause : le sujet est sérieux. Les interrogations que nous soulevons sur la légitimité de la ZAC et sur les intérêts qu’elle sert ne sont ni légères ni accessoires.

Avons‑nous publié cet article sans mesurer la portée de la notion d’« apporteur d’affaires » ? Évidemment non. Nous avons pleinement conscience que les faits présentés peuvent avoir des implications importantes pour une ou plusieurs personnes. C’est précisément pour cela que nous avons passé en revue les textes de loi, les jurisprudences et l’ensemble des références nécessaires.

Notre démarche n’est pas un jugement porté sur des individus : c’est une présentation rigoureuse de faits, face à la gestion d’un dossier dont la légitimité interroge.

Une question demeure, simple et centrale : est‑il cohérent d’agir comme apporteur d’affaires tout en soutenant un projet ni nécessaire, ni recommandé pour nos administrés ?

A défaut d’apporter des réponses sur le fond, le commentaire en réponse du maire est un modèle du genre.

Et à l’examen, il s’agit pourtant d’une nouvelle forme de diffamation, subtilement glissée par l’autorité. La loi de Brandolini joue pleinement son rôle : il faut des pages pour déconstruire une réponse municipale, quand trois phrases suffisent à diffuser une ignominie. L’association, elle, ne demande qu’à obtenir des réponses aux analyses publiques qu’elle a produites — comme nombre d’habitants rencontrés.


Le commentaire sur le dernier article en question :

« Les propos proférés à mon égard par votre association sont infondés et profondément blessants.
Je vous apporterai une réponse dans les prochains jours.
Je ne suis pas certain que la diffamation et le dénigrement participent grandement au “mieux vivre” à Réau. »

Ce commentaire ne répond à aucun élément factuel.

Il mobilise au contraire six procédés rhétoriques qui, au mieux, détournent l’attention, mais surtout laissent chacun sans réponse sur un sujet de fond pourtant sérieux.

1. Ad personam (attaque personnelle)

Le maire attaque l’association sur son attitude supposée (« blessants », « diffamation », « dénigrement »). Dans sa position d’autorité, cette attaque peut :

  • être perçue comme intimidante,
  • dissuader la critique citoyenne,
  • influencer l’opinion publique par effet d’autorité.

Le sophisme ad personam devient ici une stratégie de disqualification descendante, où le pouvoir institutionnel est utilisé pour dévaloriser une parole citoyenne.

2. Procès d’intention

Le maire suggère que l’association agit par malveillance (« diffamation », « dénigrement »), sans preuve ni démonstration.

Dans ce contexte, cela revient à accuser publiquement un collectif citoyen, sans procédure contradictoire, sans réponse sur le fond.

Il s’agit d’une tentative de criminalisation symbolique du désaccord, permettant de déplacer le débat du terrain factuel vers le terrain moral.


3. Red herring (déplacement du débat)

Ainsi au lieu de répondre aux arguments, le message introduit un thème moral général :

« Je ne suis pas certain que la diffamation et le dénigrement participent grandement au “mieux vivre” à Réau »

La phrase utilise le nom de l’association pour retourner son identité contre elle.

Mais venant du maire, cela devient :

  • une manœuvre rhétorique d’inversion morale,
  • une tentative de décrédibilisation publique,
  • une reformulation ironique à visée disqualifiante.

L’autorité assume donc pleinement ce déplacement du débat en mettant en cause la cohérence morale supposée du collectif.

Le débat passe de « les faits sont-ils exacts ? » à « votre attitude est nuisible ».

4. Victimisation stratégique

Le déplacement du débat est assumé, l’association est décrédibilisée par l’autorité, la stratégie revient dorénavant à rallier l’opinion publique vers « l’autorité attaquée ». Et la meilleure des manières reste la victimisation.

Dans le cadre institutionnel, cela sert à :

  • inverser les rôles : le pouvoir devient victime,
  • neutraliser la critique en la rendant émotionnellement illégitime,
  • éviter de répondre aux faits en se plaçant sur le terrain de l’affect.

C’est une stratégie bien documentée en rhétorique politique : se victimiser pour éviter la contradiction.

Et cela entérine le but recherché par l’autorité : refuser de répondre sur le fond.


5. Usage rhétorique du nom de l’association

L’articulation des quatre premiers procédés est d’un enchaînement implacable, en vue d’un braquage parfait. Pour le rendre parfait, il faut après avoir affaibli totalement l’association en finir avec elle.

Comment ?

Les termes « ne participent pas au “mieux vivre” à Réau » utilisent le nom même de l’association comme arme rhétorique.

C’est une technique discursive particulière : Ironie disqualifiante / retournement nominal.

L’auteur suggère que l’association :

  • ne serait pas fidèle à son propre nom,
  • agirait à l’inverse de ce qu’elle prétend défendre,
  • serait incohérente ou hypocrite.

C’est une forme d’attaque ad personam renforcée, car elle vise l’identité même du collectif, en réduisant la portée de l’association, pourtant totalement compréhensible et à portée de tous. Le même procédé avait été utilisé pour tenter de dénoncer la pétition : l’autorité n’avait regardé que l’image sans prendre la peine de lire…

Ce procédé, de politique basique, est tellement courant et vise à finir de ridiculiser ou à délégitimer le groupe après l’avoir affaibli sans preuve.

6. Suggestion implicite de faute grave (sans preuve)

Employer les mots « diffamation » et « dénigrement » est très fort juridiquement.
Mais ici, ils sont utilisés sans démonstration, ce qui relève d’une stratégie d’intimidation discursive exercée par l’autorité.

Cela permet d’instaurer un climat de peur auprès des lecteurs : vous souhaitez poser des questions dérangeantes ? Nous savons les accueillir.


Ordre d’insertionÉlément du texteTechnique rhétoriqueEffet
1« infondés », « diffamation », « dénigrement »Ad personamDéplace vers l’émotion
2« diffamation », « dénigrement »Procès d’intention + intimidationDélégitime l’association
3« ne participent pas au mieux vivre »Red herringÉvite les faits
4« infondés », « blessants »Victimisation stratégiqueEntérine le déplacement du débat et confirme le refus de répondre
5Référence au nom « Mieux Vivre Réau »Ironie disqualifianteAttaque l’identité du collectif
6« diffamation », « dénigrement » avec référence au nom « Mieux Vivre Réau »Suggestion implicite de fautes graves non démontréesDiffamation de l’association et de toute son action

Nous pourrions engager un volet juridique envers la municipalité. Même si une telle démarche, longue et chronophage, aboutirait aisément, elle n’aurait rien de glorieux : les questions de fond resteraient sans réponse.

Or c’est bien cela qui importe vraiment — comment voulons‑nous vivre à Réau à l’avenir ?

Et c’est là que le braquage qui semblait parfait pour la municipalité, ne l’est clairement pas pour nous autres : pourrait-on, un jour, avoir les réponses aux questions des habitants au lieu de toujours nous voir imposer une joute rhétorique, et systématiquement non à propos, par la municipalité ?

Ces comportements sont graves quand ils sont adoptés par les élus, dont le devoir de neutralité devant l’action municipale doit être de mise. La charte de déontologie de l’élu est censé être un engagement fort.

Bien évidemment l’utilisation de ces procédés rhétoriques est totalement identifiée dorénavant, mais au fait vous rappelez-vous du sujet initial critiqué par ce commentaire du maire ?


Sources pour aller plus loin :