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Les origines de la ZAC des Prés Neufs Golf : le contexte de la DUP de 2003

L’argument de la DUP 2003 ayant permis de constituer la réserve foncière de Réau n°2, a pris du plomb dans l’aile.

Toutefois une nouvelle question, légitime, se pose tout de même : pourquoi avoir réalisé une réserve foncière sur Réau ?


À l’aube du XXIᵉ siècle, l’Île-de-France aborde un premier tournant dans son aménagement. Sur les cinq villes nouvelles créées dans la région, trois – Cergy, Évry et Saint-Quentin-en-Yvelines – sont désormais considérées comme achevées sur le plan de l’urbanisation. Seules Marne-la-Vallée et Sénart restent ouvertes au développement, sous le statut d’Opérations d’Intérêt National (OIN).

Dans ce cadre, Sénart apparaît en retrait par rapport à ses « grandes sœurs » : bien que l’État en ait fait une priorité, elle n’a jamais bénéficié du même niveau de soutien. Elle est surtout perçue comme la plus vaste réserve foncière de la région. Alors que trois villes nouvelles arrivent à maturité, l’État cherche à préserver ses marges de développement en consolidant cette réserve sénartaise.

Ces choix s’inscrivent dans la logique du Schéma Directeur de la Région Île-de-France (SDRIF) de 1994, qui fixe des orientations générales sans préciser les modalités concrètes d’aménagement. L’objectif est avant tout de garantir un potentiel foncier disponible pour l’avenir, car prévoir, c’est déjà gérer.

Extrait de la carte du SDRIF 1994


La singularité de Sénart tient à son instabilité. Lancée avec retard dans les années 1970, cette ville nouvelle n’a jamais réussi à affirmer clairement son centre urbain. D’abord envisagé entre Tigery et Lieusaint, puis laissé sans véritable localisation en raison d’un développement communal éclaté, il a finalement été recentré sur le Carré Sénart au début des années 2000. Vingt ans plus tard, ce centre demeure attractif mais reste fragile et inachevé.

Le rapport de mai 2003 sur les perspectives de développement de Sénart étudie plusieurs scénarios, dont un apparaît comme le plus crédible :

  • Consolider le Carré Sénart en accueillant entreprises et logements – ces derniers tardant encore à émerger ;
  • S’appuyer sur de grands équipements en projet ou en construction, tels que l’hôpital (initialement prévu face au Carré Sénart mais finalement implanté au nord de Melun) et l’aéroport de Villaroche ;
  • S’appuyer plus généralement sur des équipements intercommunaux (parc sportif, collège, culture…), pour développer une offre qualitative ;
  • Développer l’enseignement supérieur, pour renforcer l’attractivité et l’ancrage territorial ;
  • Faire croître la population de manière modérée, afin d’équilibrer le ratio emploi/habitant actif (objectif optimiste : 1 emploi par actif, plus réaliste : 0,8) ;
  • Renforcer les transports en commun, en particulier la desserte bus déjà jugée satisfaisante.

Par ailleurs, si l’État a soutenu la ville nouvelle dans la mise en place des premières infrastructures viaires reliant les communes, il a annoncé son désengagement progressif de l’Établissement Public d’Aménagement, avec l’arrêt des subventions à partir de 2010.

En définitive, Sénart apparaît comme une ville singulière, coincée entre Évry et Melun, où les orientations programmatiques peinent à s’imposer. Malgré quelques fils conducteurs identifiés, son développement repose désormais sur sa propre capacité à se structurer et à se projeter dans l’avenir, en lien avec le scénario proposé.


Certains pourraient ironiser en affirmant que la DUP sur Réau vise à créer un « Réau n°2 ». En réalité, cette appellation renvoie uniquement à une réserve foncière, et non à l’ouverture d’un second pôle urbain. À l’époque, deux réserves avaient été constituées sur Réau : la réserve n°1, correspondant aujourd’hui au parc A5, et la réserve n°2, dans la continuité de la logique de sécurisation foncière menée par l’État.

La numérotation traduit donc une hiérarchisation des réserves, inscrite dans un contexte où l’État cherchait à garantir ses marges de développement. L’objectif était prioritairement de prévenir les constructions opportunistes – des immeubles isolés, sans cohérence urbaine – dans un territoire dont l’avenir restait incertain. Aucun développement précis de logements (aussi bien en typologie qu’en nombre), sur le périmètre considéré, ne ressort.

Dans ce cadre, l’argument avancé par la municipalité pour justifier la ZAC des Prés Neufs Golf perd toute pertinence : les logements doivent être implantés au cœur de Sénart, autour du Carré Sénart, tandis que les effets d’opportunité sont déjà maîtrisés par l’État


Sources pour aller plus loin