Dans l’ère de la post-vérité, les décisions publiques ne reposent plus uniquement sur des données objectives ou des diagnostics partagés, mais sur des récits émotionnels, des éléments de langage et des affirmations non vérifiées. L’urbanisme, pourtant fondé sur des études techniques, des normes et des procédures, n’échappe pas à cette dérive.
Qu’est-ce que la post-vérité ?
La post-vérité désigne une situation où les émotions et les croyances personnelles ont plus d’influence sur l’opinion publique que les faits objectifs. Popularisé en 2016 par le dictionnaire Oxford, ce concept s’applique aux domaines politiques, médiatiques… et urbanistiques.
Comment la post-vérité s’infiltre dans l’urbanisme
1. La fausse évidence démographique
“Il faut construire 700 logements, car la population va exploser.”
- Ce type d’argument repose souvent sur des projections non sourcées ou sur des extrapolations anciennes ;
- Or, les données INSEE montrent parfois une stagnation, voire une baisse des besoins réels ;
- Pourtant, le chiffre est martelé sans justification, créant une illusion de nécessité.
2. La légitimation par l’héritage
“Ce projet est ancien, il a été validé par la DUP de 2003.”
- Une DUP permet l’expropriation, mais ne constitue pas une justification actuelle ;
- Elle ne dispense pas d’un diagnostic actualisé ni d’une concertation sincère ;
- L’invocation d’un passé administratif sert ici à évacuer le débat présent.
3. La rhétorique du progrès
“Il faut moderniser le village, le rendre attractif.”
- Derrière cette formule se cache souvent une densification brutale, une perte d’identité locale ou une artificialisation des sols ;
- Le mot “attractivité” devient un élément de langage, vidé de contenu, mais porteur d’adhésion émotionnelle.
4. La concertation simulée
“Les habitants ont été consultés.”
- Des ateliers de concertation sont parfois organisés après que les grandes orientations ont été décidées ;
- Les questions fondamentales (objectifs, densité, modèle urbain) ne sont pas ouvertes au débat ;
- Cela crée une illusion de participation, sans pouvoir réel.
Comment réagir face à la post-vérité urbanistique ?
| Stratégie citoyenne | Objectif | Exemple d’action |
|---|---|---|
| Vérification des sources | Démystifier les chiffres | Demander les études de besoin en logement |
| Déconstruction des récits | Révéler les sophismes | Analyser les éléments de langage utilisés |
| Réappropriation du débat | Recentrer sur le bien commun | Organiser des réunions citoyennes ouvertes |
| Production de contre-expertise | Rééquilibrer le rapport de force | Mobiliser des urbanistes indépendants |
L’urbanisme ne peut être guidé par des slogans ou des héritages flous. Il doit s’appuyer sur des faits, des diagnostics, et une volonté collective éclairée. La post-vérité est un défi démocratique autant qu’un piège rhétorique.
Sources pour aller plus loin