La déresponsabilisation (ou blame shifting) consiste à rejeter la faute sur un tiers quand un problème survient. Dans le contexte municipal, cela peut prendre la forme d’un élu qui renvoie la responsabilité à l’administration, d’un service qui incrimine un prestataire, ou d’un discours public qui accuse l’État, la collectivité voisine ou des circonstances extérieures. Ce comportement empêche l’apprentissage organisationnel, retarde la résolution des problèmes et alimente la défiance des administrés.
Pourquoi est-ce dangereux pour une collectivité ?
- Perte de confiance : les administrés attendent des réponses claires et des responsables identifiables ; le transfert de responsabilité crée de l’opacité.
- Blocage opérationnel : la recherche de coupables remplace la recherche de solutions, ralentissant les actions concrètes.
- Risques financiers et juridiques : des responsabilités mal assumées peuvent entraîner des coûts supplémentaires, des recours ou des contrôles externes, notamment lors de délégations de service public mal cadrées.
Comment repérer l’usage de cette technique de déresponsabilisation ?
Exemples typiques de stratégies employées
| Stratégie | Formulation typique | Effet recherché |
|---|---|---|
| Transfert vers l’État ou d’autres institutions | « Ce n’est pas moi, c’est l’État » | Diluer la responsabilité dans des structures plus vastes |
| Flou institutionnel | « C’est politique » « C’est administratif » | Créer une confusion sur les compétences réelles |
| Appel à la complexité | « C’est plus compliqué que ça » « Il faut voir l’ensemble » | Décourager la critique ou la demande de clarification |
| Victimisation | « On n’a pas les moyens » « On nous impose tout » | Se présenter comme impuissant ou contraint. Attirer la compassion sans présenter les faits. |
| Détournement vers le futur | « On y travaille » « Ce sera étudié plus tard » | Reporter l’action sans engagement précis |
Analyse rhétorique : sophismes fréquemment employés
- Sophisme de l’autorité floue : invoquer une entité abstraite (« l’État », « la préfecture ») sans préciser les mécanismes ou les interlocuteurs ;
- Sophisme de la complexité : faire croire que le sujet est trop technique ou trop vaste pour être débattu publiquement ;
- Sophisme de diversion : répondre à côté ou déplacer le débat vers un autre sujet.
Bonnes pratiques de gestion et de communication
Quelques bonnes pratiques conseillées et régulièrement observées pour préserver un comportement responsable :
- Agir en tout transparence afin de n’exposer que les faits véritables ;
- Observer et suivre les procédures (internes et externes) et en assurer une traçabilité ;
- Communiquer de manière proactive ;
- Entretenir la culture de la responsabilité partagée avec tous.
A l’ère numérique de la communication, l’utilisation municipale d’une telle technique n’est pas adaptée. Les outils numériques doivent l’organisation et la diffusion de l’information au plus grand nombre, tout en s’appuyant sur les relations humaines au travers des entrevues avec les administrés.
Des réponses factuelles aux questions des administrés, avec les éléments clés exposés, sont généralement la base d’une prise de responsabilité efficiente.
Avez-vous déjà observé cette stratégie de déresponsabilisation ?
Sources pour aller plus loin :